Quentin c’est un gars rencontré par hasard lors de la première séance d’Urban Runners Rouen en octobre 2016.
Le genre de personne que j’apprécie : franc (voir même sans filtre), réfléchit, engagé avec la volonté de faire les choses biens…

Il a plié son premier half-ironman en juin dernier et j’ai voulu qu’il nous en parle.

Peux-tu te présenter?

Salut, Je m’appelle Quentin, j’ai (presque) 30 ans et j’habite à Rouen. Je suis originaire de Chateau-du-loir dans la Sarthe, où je retourne régulièrement entre deux entraînements 🙂

Je travaille dans l’Informatique, donc on va dire que niveau physique on peut vite se laisser aller.

J’ai toujours aimé le sport, j’ai pratiqué pas mal de sport étant petit (foot, tennis, athlétisme, tir) mais une maladie de croissance m’a empêché de pouvoir pratiquer le sport à partir de l’âge de 12 ans, jusqu’à la fin de ma croissance ! (bon on va pas se mentir ma croissance ne fut pas démentielle!)

Je me rappelle d’autant plus que,  étant enfant, j’étais un peu hyperactif, j’avais un réel besoin de me dépenser et cet arrêt brutal fut très dur…

On ne va pas se le cacher, j’ai toujours aimé la compétition. Lors de mes cross je me mettais hyper mal à 10ans ! Alors aujourd’hui, que ce soit sur un Time’s up ou sur une compétition je donne tout !

Parle-nous plus précisément de sport ?

Comme je l’ai expliqué, l’arrêt obligatoire du sport ne m’a pas donné envie de continuer à la fin de ma croissance… je faisais des parties de Five (foot à 5) ou basket de temps en temps mais sans plus. On dirait plutôt que j’étais bien plus performant dans le levé de coude que le sport (c’est peut-être un sport pour certain qui sait ?)

Pour en revenir au sport, quand j’habitais à Paris, mon coloc préparait le marathon de New York. J’étais assez interloqué par ses sorties à toutes heures avec ses baskets, et un jour je me suis dis que j’essaierai un jour. J’ai enfilé mes baskets de ville (l’erreur!) et je suis allé trotter au parc Monceau. Une horreur ! J’étais parti super vite, j’étais au bout de ma vie. 5km plus tard j’étais rentré chez moi sans l’envie folle de réitérer l’expérience !

Ensuite je me suis mis au Squash avec un ami, c’était cool mais disons que je préférais mes weekends (plus que) festifs !

Puis un jour, je me suis dis qu’il fallait peut-être “m’entretenir”, je suis allé courir plus régulièrement dans le 18ème arrondissement, autour d’une piste d’athlétisme en mode hamster collé au Périph… J’avais même fait mon premier 10km dans la Sarthe, c’était… anecdotique ! j’ai fait ça quelques mois avant d’arrêter.

Après avoir quitté Paris, de retour à Angers, je courais mais vraiment occasionnellement, 1 fois par mois pas plus, je voulais pas trop non plus en faire 🙂

Enfin toujours par intermittence !

Arrivé à Rouen, je n’ai pas dû courir durant 1 an, puis une succession d’événements, dont la perte d’un de mes cousins m’a fait me remettre énormément en question et me dire que passer ses weekends à se faire du mal c’était peut-être pas l’objectif d’une vie !

En Janvier, plein de bonnes résolutions, j’ai commencé à courir régulièrement, tout le mois ! Je progressais sur mon parcours habituel à chaque séance presque ! j’ai adoré les sensations du début !

Sauf que fin Février de cette même année (2016), des douleurs dans les jambes en courant, obligé de m’arrêter. je consulte un médecin de sport qui me diagnostique un syndrome des loges.

Comme toutes personnes normale, je vais regarder sur internet, je vois des jambes ouvertes de haut en bas ! Grosse peur.

Puis au final, je suis passé par la case opération une jambe après l’autre.

En septembre je recommençais à courir. Ce coup-ci je comptais essayer de bien faire les choses.

Chaussures adaptées, je me suis inscrit dans un club d’athlétisme afin de mettre un cadre et j’ai commencé à courir avec le groupe Urban Runners Rouen (que de belles rencontres depuis !).

Premier objectif : Faire un semi marathon. Destination : Barcelone.

Ma coach me fait un plan aux petits oignons, objectif 1h35.

J’ai tellement adoré cette prépa, la course s’est tellement bien passée, je boucle mon premier en 1h30, je suis aux anges.

Envie d’en faire encore plus… sauf qu’encore une fois les choses se gâtent. Les périostes ont pas mal sifflé avec l’augmentation du volume.

Mon médecin me met au repos pour 8 semaines ! Une horreur, je ne me vois pas rien faire pendant 2 mois, alors que depuis 7 mois ma vie “a changé” grâce au sport !

C’est alors que je regarde les club de Triathlon. Je me dis que c’est peut-être le bon moment pour apprendre à nager. Il ne faut pas se mentir, je me dis que faire du vélo c’est possible. Mais dans l’eau, je flotte et c’est tout.

Je m’inscris alors au Rouen Triathlon.

Je vais aux premiers entraînements, je suis nul. J’ai du mal à faire un 50m. Mais avec l’aide des coachs je m’accroche.

Mes premiers entraînements durent 20-30 minutes, puis au fur et à mesure des semaines, j’augmente le temps, la distance. De 1 fois par semaine, j’y vais 2 puis 3 fois, et je me vois même prendre du plaisir !

Je fais alors mon premier aquathlon (pas la meilleure des expériences), puis mon premier triathlon format M (1500m natation, 40km Vélo, 10km à pied). Je découvre par la même occasion le trail par des formats de 25/30km.

Un petit passage dans le Jura avec un 39km, puis le Trail des Rois Maudits sur le 50km.

Pendant ce temps là je découvre également la randonnée, je fais le GR20 dans sa totalité, une superbe expérience !

Alors encore aujourd’hui, ne me demandez pas de choisir entre le Triathlon ou le Trail… j’adore les deux !

Quel objectif t’étais tu fixé en début de saison?

En début de saison dernière, j’ai pas voulu faire de choix entre les deux disciplines que je pratique. Je me suis dit que je couperais ma saison en 2 : la première axée sur le triathlon et la seconde sur le trail.

Je voulais vraiment progresser en natation et vélo.

J’ai donc beaucoup nagé, passé pas mal de temps sur le Home Trainer l’hiver.

L’objectif était de commencer doucement et enchaîner quelques Triathlons (Triathlon Evreux et Pont Audemer) avant l’objectif de ma saison en triathlon : le Tournsman format L (1900m de natation, 90km de vélo et 21,1km de course à pied) et un petit bonus, le format M de la Baule.

Ensuite en trail j’avais coché en objectifs principaux : le Marathon du Mont Blanc (42km/2800D+), l’Infernal Trail des Vosges (68km/2800D+) et finir par la Boffi Fifty (50km/2700D+).

Et alors raconte nous, comment as tu préparé cela?

Comme dit précédemment, ma préparation se basait sur ma progression en natation et vélo (sans avoir la prétention d’être bon en course à pied, je me suis reposé sur mes acquis disons).

Sans suivre un plan d’entraînement à la lettre, mes semaines ressemblaient à 3 à 4 séances de natation avec le club, 2 séances de Home Trainer, 1 séance de vélo le weekend et 2 à 3 sorties à pied.

Cela représentait entre 8 à 12 heures par semaine, je n’ai jamais eu l’impression de trop en faire, j’ai toujours pris beaucoup de plaisir à m’entraîner, si je n’avais pas envie, je me reposais.

Mais avec mon passif relativement récent de sportif, cette “lourde” charge d’entraînement s’est fait sentir fin Mai.

Mon erreur aura surement ne pas avoir assez relâché avant le jour J, mais je ne regrette rien en toute honnêteté !

Le jour J?

Alors déjà j’ai choisi Tours, parce que ce n’était pas loin de mes terres natales!

Je m’en vais donc à 300km de Rouen pour cette première édition Tourangelle.

Je me rends sur le site de la course. Je trouve ça super bien organisé, la zone de transition pour le vélo est dans le parc des Expo, donc les vélos dorment “au chaud”, je récupère mes dossards, stickers etc…

J’installe tout proprement, en prenant soin de rien oublier.

Vélo déposé, je m’en vais chez des amis, la pression est là, mais je dors bien.

Le réveil sonne tôt, mais je suis en forme la météo annoncée est semble capricieuse. J’arrive au départ au bord du Cher, le départ pour la distance supérieure (Ironman) a déjà été donné et il pleut !

J’hésite longuement avant de prendre une veste pour le vélo, et puis au dernier moment je décide que non (coup de poker!).

Le départ est donné en rolling-start, et il n’y a pas à dire c’est vraiment agréable. On part par 5 toutes les 5 secondes. On est loin de la machine à laver des départs en ligne !

La natation se passe plutôt bien, je la boucle en 30 minutes, la première transition est longue… on doit courir jusqu’au parc des expositions.

Arrivé sur place je me rends compte qu’il reste énormément de vélos dans le parc. C’est plutôt bon signe (sans le savoir je suis 28ème).

Je pars sous une pluie battante, je commence à regretter le choix de veste, mais au loin j’aperçois un bout de ciel bleu.

Puis je pars sur la boucle de 90km dans la touraine en passant près des châteaux du même nom.

Au bout d’environ 10km je regarde ma montre, je me rends compte que je suis bien au dessus des vitesses habituelles (36km/h de moyenne à ce moment). Niveau cardio je fais aux sensations, mais je n’ai pas l’impression d’être essoufflé, donc je continue mon petit bonhomme de chemin.

Le parcours est sympa, très plat, pas de difficultés.

Depuis la météo a changé, il fait un soleil de plomb, je m’hydrate bien mais niveau alimentation, je n’ai pas faim, je mange quelques noix de cajous, mais loin d’être assez sur un effort de ce type !

Nous revenons à Tours, 2h30 plus tard. C’est dingue ! Je n’en reviens pas.

Je vois mes parents en arrivant, cela me fait énormément plaisir.

Avec la pluie tombée, les tapis d’entrée sont encore trempés. Un petit virage à droite, je me retrouve les quatres fers en l’air. Très drôle !

J’arrive pour poser le vélo, ce coup-ci le parc est bien vide (je pose le vélo en 48ème position).

Je fais une bonne transition pour partir sur le Semi Marathon.

Là commence une succession de calculs dans ma tête : “3h10 d’écoulé, ça me laisse 1h50 pour le semi pour faire moins de 5h”

[Petit aparté, je visais autour de 5h15, ce qui me paraissait ambitieux pour un premier, mais alors me dire que je pouvais le faire en moins de 5h était énorme.]

Je n’avais alors qu’une envie c’était d’en finir avec ces 21km.

Je pars sur une allure visée, confortable, mais la chaleur me fait du mal et je comprends vite que mon calvaire va arriver !

Au bout de 4km, je n’ai déjà plus de jambes, je me fais doubler de toutes parts, les moindres difficultés je marche, à chaque ravitaillement je m’arrête boire…

Mais à chaque passage devant le public je vois des visages connus et ça fait du bien au moral !

(je dois avouer qu’à certain moment, je me demande si boucler ce semi en 1h50 est possible).

Je regrette d’être allé si vite à vélo, mais je continue de courir, les km défilent je suis à 10km/h… mais la fin est proche.

Enfin, je vois l’arche d’arrivée tant attendue, je souris bêtement, mais je suis soulagé, je vois le chrono 4h55:30

Je suis si heureux, mais vidé, j’ai des crampes, les quadriceps qui vont exploser, mais c’est fini. (les photos parlent d’elles même 😀 )

Super et alors qu’est ce que cela t’a appris?

Alors j’ai beaucoup réfléchi sur ma défaillance à pied.

Dans un premier temps je pense que le manque d’entraînement a compté, c’est sûr. On ne prépare pas un Half Ironman en faisant des footings 🙂

Ensuite ma plus grosse erreur aura sans doute été l’alimentation. C’est ce qui résumera le mieux ma saison 2018 je pense d’ailleurs.

Avoir si peu mangé sur une épreuve de 5h est de la folie ! Après la course en regardant dans ma petite sacoche avec mes noix de cajous, j’avais dû manger 50 grammes…

Enfin ce fût une super expérience, j’ai trouvé l’organisation au top et ce fût un souvenir inoubliable pour moi !

La suite?

Ma saison 2018 est finie(à l’heure ou j’écris ces lignes je suis dans ma coupure).

Je suis en train de planifier la prochaine saison, mais il est sûr que je referai cette distance.

Pas la même épreuve je pense, mais j’ai pas mal d’idées pour l’année prochaine comme le Ventouxman, l’Étape le Tour, des triathlons format S ou M et bien sûr encore des Trails.

Le mot de la fin?

Merci à toi pour l’interview, et je souhaite dire à tous ceux qui lisent ces lignes et qui n’osent pas franchir le pas du triathlon que c’est loin d’être aussi dur qu’on le pense. C’est une superbe discipline. Après il est clair qu’avec un minimum d’entraînement et d’implication,  tout est faisable !